Risques de fumer du CBD : la combustion ne fait pas d’exception

La combustion ne dépend pas des cannabinoïdes : goudrons, monoxyde de carbone, tabac dans 95 % des joints. Les risques de fumer du CBD, sources à l'appui.

Une fleur vendue comme fleur de CBD en France vient d’une variété dont la teneur en delta-9-tétrahydrocannabinol n’est pas supérieure à 0,30 %. Ce chiffre décide d’un statut juridique. Il ne décrit pas ce qui se passe quand la fleur est roulée, allumée et inhalée. Dès qu’il y a une braise, le sujet n’est plus le cannabidiol mais la fumée, qui obéit à la combustion d’un végétal séché, pas à la composition en cannabinoïdes.

Les chiffres de référence portent sur le tabac

L’Institut national du cancer chiffre à 7 000 le nombre de substances chimiques présentes dans la fumée de tabac, dont 70 cancérigènes connus, et cite le benzène, l’arsenic, le chrome, les goudrons et le polonium. Le Comité national contre le tabagisme retient le même ordre de grandeur, jusqu’à 7 000 composés chimiques dont au moins 70 cancérigènes, et ajoute qu’un fumeur d’un paquet par jour inhale 250 ml de goudrons par an. Ces mesures portent sur le tabac et n’ont pas été refaites à l’identique sur une fleur de chanvre, donc les transposer serait un abus. Ce qu’elles établissent reste plus général : brûler une matière végétale sèche produit des goudrons, du monoxyde de carbone et des composés de pyrolyse, quelle que soit la molécule recherchée.

Presque tous les joints contiennent du tabac

Barré et ses collègues ont publié en 2025, dans Drug and Alcohol Dependence Reports, une exploitation du Baromètre santé 2021 de Santé publique France. L’enquête a interrogé 24 514 personnes par téléphone entre février et décembre 2021, et l’analyse porte sur les 18 288 répondants de moins de 65 ans, les questions sur le cannabis n’ayant pas été posées au-delà. Les auteurs rappellent qu’en France en 2020, 94 % des usagers de cannabis dans l’année déclaraient l’avoir fumé sous forme de joint lors du dernier usage, et que 95 % d’entre eux y avaient mélangé du tabac. La donnée concerne le cannabis riche en THC. Personne n’a publié l’équivalent sur les fleurs de CBD, donc la transposition reste une hypothèse. Le geste, lui, ne change pas : rouler suppose un support, et le support habituel en France est le tabac. La discussion sur le cannabidiol devient alors secondaire, puisque le produit consommé est aussi un produit du tabac, avec la dépendance nicotinique qui va avec.

La manière d’inhaler pèse plus que la teneur

Wu, Tashkin, Djahed et Rose ont comparé en 1988, dans le New England Journal of Medicine, quinze hommes fumant régulièrement tabac et cannabis depuis au moins cinq ans. Rapporté au tabac, le cannabis s’accompagnait d’un volume de bouffée supérieur d’environ deux tiers, d’une profondeur d’inhalation supérieure d’un tiers et d’une rétention du souffle quatre fois plus longue. Les conséquences ont suivi : une élévation de la carboxyhémoglobine sanguine près de cinq fois plus forte, environ trois fois plus de goudrons inhalés et un tiers retenu en plus dans les voies respiratoires. Les cigarettes testées titraient 0,004 % ou 1,24 % de THC, et les auteurs concluent que cette charge accrue apparaît largement indépendamment de la teneur en tétrahydrocannabinol.

Le travail a près de quarante ans, porte sur quinze personnes et ne concernait pas des fleurs de CBD. Il documente un point précis : à teneur en cannabinoïde psychoactif quasi nulle, la charge en goudrons et en monoxyde de carbone restait élevée. La dynamique d’inhalation la portait, pas la molécule.

Ce que les analyses de fumée mesurent

Moir et ses collègues ont comparé en 2008, dans Chemical Research in Toxicology, la fumée de cigarettes de cannabis et de tabac produites en machine selon deux régimes de fumage. L’ammoniac atteignait dans le courant principal du cannabis des niveaux jusqu’à vingt fois supérieurs à ceux du tabac. Le cyanure d’hydrogène, le monoxyde d’azote, les NOx et certaines amines aromatiques s’y trouvaient à des concentrations trois à cinq fois plus élevées. Les hydrocarbures aromatiques polycycliques étaient moins concentrés que dans le tabac pour le courant principal, mais plus concentrés dans le courant secondaire, celui qui monte du bout incandescent entre deux bouffées et que respire l’entourage.

Une mesure existe sur un produit plus proche de la fleur de CBD. Ward et Ebbert ont dosé en 2021, dans Cannabis and Cannabinoid Research, huit composés carbonylés dans la fumée principale de deux marques de cigarettes de chanvre, comparées à une cigarette de tabac du commerce et à une cigarette de référence de recherche : formaldéhyde, acétaldéhyde, acétone, acroléine, propionaldéhyde, crotonaldéhyde, 2-butanone et butyraldéhyde. Le résultat n’est pas univoque. La marque haut de gamme rendait, par bouffée, moins que les cigarettes de tabac sur plusieurs composés, quand l’autre émettait plus de butyraldéhyde que n’importe quelle cigarette testée. Un détail de méthode compte ici : l’avantage mesuré en microgrammes par bouffée se réduit largement quand les auteurs ramènent les quantités au milligramme par cigarette entière. Leur conclusion tient en une ligne : la fumée principale de cigarettes de chanvre contient un ensemble de carbonylés à des niveaux biologiquement préoccupants.

Les symptômes respiratoires sont documentés

Le rapport des National Academies of Sciences, Engineering, and Medicine consacré aux effets sanitaires du cannabis retient, dans sa conclusion 7-3(a), des preuves substantielles d’une association statistique entre la consommation de cannabis fumé au long cours, des symptômes respiratoires aggravés et des épisodes de bronchite chronique plus fréquents. La revue systématique de Tetrault et ses collègues, parue en 2007 dans Archives of Internal Medicine et citée par le rapport, donne des rapports de cotes de 1,7 à 2,0 pour la toux, de 1,5 à 1,9 pour la production d’expectorations et de 2,0 à 3,0 pour les sifflements. La conclusion 7-3(b) ajoute des preuves modérées d’une association entre l’arrêt et l’amélioration de ces symptômes. Ces travaux portent sur du cannabis riche en THC, pas sur des fleurs sous 0,30 %. Le rapport signale par ailleurs une limite récurrente : avec les données disponibles, il reste difficile de séparer les effets du cannabis fumé de ceux du tabac fumé. Le mécanisme décrit, l’irritation des voies aériennes par la fumée, ne dépend pas de la teneur en THC.

La part de CBD détruite par la flamme n’a pas été mesurée

La question revient sous forme de pourcentage : combien de cannabidiol survit à la combustion. Aucune publication ne l’établit sur une fleur réellement fumée. Les travaux de pyrolyse disponibles portent sur des matrices et des températures qui ne reproduisent pas les conditions d’un joint. Avancer un chiffre reviendrait à en fabriquer un.

Ce que le seuil de 0,30 % certifie

L’arrêté du 30 décembre 2021 n’autorise, en son article 1er, la culture, l’importation, l’exportation et l’utilisation industrielle et commerciale que des seules variétés de Cannabis sativa L. dont la teneur en delta-9-tétrahydrocannabinol n’est pas supérieure à 0,30 % et qui sont inscrites au catalogue commun des variétés des espèces de plantes agricoles ou au catalogue officiel français. Son III applique le même plafond aux extraits de chanvre et aux produits qui les intègrent. Le Conseil d’État, par sa décision n° 444887 du 29 décembre 2022, a annulé l’interdiction de vente aux consommateurs des fleurs et feuilles brutes, en jugeant disproportionnée une interdiction générale et absolue et en retenant que le CBD n’a pas d’effet psychotrope et ne provoque pas de dépendance, à la différence du THC. Cette appréciation porte sur le caractère stupéfiant du produit et sur la proportionnalité d’une mesure commerciale. Le seuil de 0,30 % classe une plante, il ne qualifie pas une fumée.

Le feu ne trie pas les molécules

Les cannabinoïdes déterminent la présence ou l’absence d’effet psychotrope, et sur ce point l’écart entre une fleur sous 0,30 % et du cannabis classique est réel. La combustion, elle, dépend de la matière brûlée, de la température atteinte et de la façon d’inhaler, trois paramètres qu’une teneur en CBD ne déplace pas. L’OFDT décrit la vaporisation comme un mode de consommation qui évite les effets nocifs de la combustion, et rattache les effets du cannabis soit à son principe actif, le delta-9-THC, soit aux substances résultant de sa combustion, les goudrons. Les dispositifs qui chauffent sans brûler et l’infusion déplacent le problème, avec leurs propres inconnues. Retirer le THC d’une fleur ne retire rien à ce que produit la braise.

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