La requête « Amnesia Haze effet » mêle deux objets : un cannabis à THC connu sous ce nom, dont les coffeeshops néerlandais offrent la trace la mieux documentée, et des fleurs de CBD vendues en France sous la même appellation. Le second relève d’un autre régime juridique et d’un autre profil chimique. Seul le nom a passé la frontière.
L’effet d’une Amnesia Haze en CBD est-il écrit quelque part ?
Non. Amnesia Haze est un nom de cultivar associé, aux Pays-Bas, à une herbe mesurée autour de 18 % de THC. En France, une fleur sous ce nom doit venir d’une variété de chanvre plafonnée à 0,30 %. Aucun registre ne le relie à une composition. Nous ne décrivons aucun effet : seuls l’étiquette et l’analyse du lot se vérifient.
Un nom venu des menus de coffeeshops
La source la plus solide est néerlandaise et publique. En mai 2018, le Trimbos-instituut a analysé, pour la commission chargée de conseiller le ministre sur l’expérimentation d’une chaîne fermée de coffeeshops, les variétés réellement vendues. Son THC-monitor achète chaque année des échantillons dans 50 coffeeshops. Les 915 échantillons achetés comme herbe la plus populaire entre 2004 et 2018 portaient 286 noms différents. Sur la période 2014-2018, Amnesia arrive deuxième avec 24 échantillons, derrière White Widow et ses 50, et Amnesia Haze en compte 10. Sur 62 menus en ligne de 2017 ou 2018, Amnesia Haze figure sur 25 cartes et Amnesia sur 24.
Le suffixe est plus ancien. Le rapport du même institut sur 2013 et 2014 rappelle qu’en 1985, plusieurs variétés développées aux États-Unis poussaient dans des serres néerlandaises, dont les plus connues s’appelaient Skunk #1, Early Pearl, Original Haze, Northern Lights et Holland’s Hope.
Pour les filiations, Trimbos a relevé ce qu’annoncent les bases de données grand public, puis l’a recoupé sur les sites des obtenteurs. Amnesia y descend d’Enemy of State et de Neville’s Haze. Amnesia Haze y est un assemblage Afghani, Laos, Jamaican et Hawaiian, attribué à une autre maison de semences. Deux noms voisins, sans parent commun dans le tableau. La même source donne Lemon Skunk et Amnesia Haze comme parents de Lemon Haze. Les auteurs préviennent que ces noms sont ceux qu’emploient exploitants et cultivateurs, et qu’il peut arriver qu’un exploitant ignore, ou connaisse mal, ce qu’il vend. Le rapport compile aussi des descriptions d’effets venues des mêmes sites ; nous ne les reprenons pas, ce sont des textes de vendeurs de graines, pas des mesures.
Ce que contenaient les échantillons vendus sous ce nom
Le rapport croise ensuite les noms avec les dosages du THC-monitor de 2004 à 2018. Les 27 échantillons vendus comme Amnesia affichaient 17,7 % de THC en moyenne, de 8,1 à 25,0 %, pour un CBD médian de 0,4 %. Les 13 échantillons d’Amnesia Haze donnaient 17,8 % en moyenne, de 11,3 à 22,8 %, avec un CBD médian de 0,2 %. Publié le 21 janvier 2026, le THC-monitor 2025 relève encore 15,6 % de THC en moyenne dans l’herbe néerlandaise la plus vendue, et un CBD médian de 0 % dans la plus populaire, sans détail par nom.
Face au plafond français, l’écart se chiffre. Diviser 17,7 par 0,30 donne 59 : une fleur conforme contient au moins 59 fois moins de THC que la moyenne des Amnesia néerlandaises, et au moins 27 fois moins que la plus faible d’entre elles. Les protocoles de prélèvement et d’analyse ne sont pas les mêmes, mais un écart de cette taille n’en dépend pas. Le CBD, marginal dans l’herbe de coffeeshop, est censé dominer dans une fleur vendue comme CBD. Sur un sachet français, le nom recouvre donc le profil chimique inverse de celui qui l’a rendu célèbre.
Pourquoi une Amnesia « CBD » ne peut pas être la même plante
Le rapport entre THC et CBD se joue dans les trichomes de la fleur, où deux enzymes se disputent le même précurseur. De Meijer et ses coauteurs ont croisé des plantes de chimiotype CBD pur et THC pur (Genetics, 2003). La première génération était entièrement mixte ; à la suivante, les trois profils, CBD pur, mixte et THC pur, se répartissaient dans une proportion compatible avec 1 pour 2 pour 1. Ils en ont tiré un modèle à un seul locus, porteur de deux allèles codominants.
Grassa et ses coauteurs ont précisé l’architecture en 2021 dans New Phytologist, avec le génome d’un cultivar américain riche en CBD, CBDRx. Son ascendance est estimée à 89 % marijuana et 11 % chanvre, mais le gène de la CBDA synthase y vient du chanvre, et la séquence de la THCA synthase y est incomplète. Le scénario qu’ils retiennent est l’introduction d’une CBDA synthase fonctionnelle, venue du chanvre, dans des cannabis sélectionnés pour leur richesse en cannabinoïdes. Ils notent aussi que les cultivars récents riches en CBD peuvent dépasser 0,3 % de THC à maturité.
Au rayon, cela laisse deux hypothèses. Soit la fleur est issue d’un croisement qui a gardé une partie du génome d’origine et remplacé précisément la région qui décide du rapport entre les deux molécules. Soit c’est une autre plante à laquelle on a donné ce nom. L’étiquette ne permet pas de trancher, et nous n’avons trouvé aucun génotypage publié sur des lots vendus en France sous cette appellation.
Un nom absent du registre des variétés
Le droit français raisonne en variétés. L’arrêté du 30 décembre 2021 ne permet, en son I, la culture, l’importation, l’exportation et l’utilisation commerciale que des variétés de Cannabis sativa L. inscrites au catalogue commun européen ou au catalogue officiel français dont la teneur en delta-9-THC ne dépasse pas 0,30 %, et son III applique ce plafond aux extraits et aux produits qui les intègrent. Son II, qui interdisait la vente des fleurs brutes aux consommateurs, a été annulé par le Conseil d’État le 29 décembre 2022 (n° 444887).
Nous avons interrogé le portail européen des variétés végétales le 17 septembre 2026, sur le champ de dénomination, toutes espèces confondues (base mise à jour le 5 juin 2026). « Amnesia » ne renvoie aucun résultat. « Haze » en renvoie onze, sans aucun chanvre : Purple Haze y est inscrite comme carotte et comme oignon aux Pays-Bas, et comme poivron en Finlande. Les règles qu’une dénomination variétale doit respecter sont détaillées à propos d’Orange Bud.
Ce que doit porter le sachet d’une fleur à fumer
Le rapport MILDECA de décembre 2023 rappelle qu’un produit susceptible d’être fumé relève du code de la santé publique. Son article L. 3514-1 vise tout produit à base de végétaux, sans tabac, pouvant être consommé par combustion. Chaque unité de conditionnement porte alors l’avertissement « Fumer ce produit nuit à votre santé », que l’arrêté du 19 mai 2016 impose sur 30 % des faces avant et arrière. Avant la mise sur le marché, fabricants et importateurs déclarent ingrédients et quantités à l’établissement public désigné (articles L. 3514-5 et R. 3514-1), l’Anses selon le rapport.
L’article L. 3514-3 touche directement au nom. L’étiquetage ne peut comporter aucun élément qui contribue à la promotion du produit en donnant une impression erronée de ses caractéristiques, de ses effets sur la santé ou de ses risques, et son II range parmi ces éléments les messages, symboles, noms et marques. Le texte ne cite pas les noms de cultivars, et aucune des sources officielles consultées ne se prononce sur leur cas : la question reste ouverte, et il revient à l’administration ou au juge de la trancher.
Sur le terrain, les auteurs du rapport décrivent dans les bureaux de tabac un étiquetage partiel, voire inexistant, et des inflorescences parfois vendues comme pots-pourris mais destinées à être inhalées. Sur 33 sites de vente en ligne, 66 % affichaient « THC < 0,3 % » et 13 % mettaient en avant une analyse certifiée. Ils proposent d’ailleurs de rendre obligatoire un étiquetage de la composition.
Un taux écrit dans le nom, encore moins fiable que l’étiquette
L’étude a porté sur 248 produits achetés en 2022 et 2023 par les centres d’addictovigilance de Lyon, Montpellier et Paris, analysés au CHU de Lille. Parmi les 223 vendus comme CBD, 12,6 % dépassaient 0,3 % de THC. Un produit était jugé conforme quand son taux de CBD tombait à plus ou moins 20 % de l’annonce : 19 % des échantillons seulement. 46 % n’avaient aucun étiquetage de composition, et dans 69 % des écarts, le taux réel était inférieur.
Le passage qui concerne ce nom tient en une incise. En ajoutant au calcul les produits dont le taux de CBD figurait seulement dans l’appellation, l’adéquation tombe à 10 %. L’exemple choisi par les auteurs est une huile « Amnesia CBD 50 % ». C’est une huile, pas une fleur, mais c’est ce nom que le rapport a retenu pour illustrer le chiffre écrit dans l’appellation.
Le nom ne garantit pas non plus la constance. L’équipe n’a pu racheter le même produit, sur le même site et à quelques mois d’intervalle, que dans six cas ; dans cinq, le taux de CBD variait de plus de 20 %. En juin 2025, l’ANSM a repris ces travaux : 8 produits à base de CBD sur 10 ont une teneur en CBD différente de celle de l’étiquetage, et les produits étiquetés « puissants » appellent une attention particulière, un mot examiné à propos des fleurs dites les plus puissantes.
Quant aux certificats d’analyse publiés par certains vendeurs, le rapport note qu’ils peuvent ne pas correspondre au produit acheté, avec des numéros de lot différents. Un bulletin rattaché au bon lot ne dit rien de la filiation, mais c’est la seule pièce qui porte sur le contenu du sachet. Sa lecture, du numéro de lot au THC additionné du THCA, est détaillée à propos du moonrock.
Ce que le nom transporte réellement
Amnesia Haze porte une histoire vérifiable : un suffixe présent dans les serres néerlandaises dès 1985, une place mesurée sur les menus de coffeeshops et une réputation bâtie sur une herbe proche de 18 % de THC. Il ne porte ni variété inscrite, ni composition, ni le profil chimique qui l’a rendu célèbre, que le plafond français exclut. Sur un sachet vendu en France, ce qui engage quelqu’un se trouve ailleurs : l’avertissement sanitaire, le numéro de lot, un bulletin d’analyse qui porte ce même numéro.